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10 ans de Coups de Coeur : Romans

Titre: Le Portail
Préface de John Le Carré
Auteur : François Bizot
Edition : Folio
Nombre de Pages : 439
Prix : 5.00

Quantité:  Voir Caddie
D’entrée de jeu je pense qu’il s’agit d’un des meilleurs livres de la rentrée. Il est tout en haut de ma liste, confidence pour confidence, à la première place.
Roman? non puisqu’il s’agit d’un témoignage. Mais roman oui puisqu’il s’agit de fouiller l’âme humaine et pas n’importe laquelle, celle des grands criminels…
Ethnologue, François Bizot séjourne depuis 1965 dans différents pays de la péninsule indochinoise dont il étudie les monuments et les traditions bouddhiques lorsqu’il est fait, en 1971, à 31 ans, prisonnier des Khmers rouges qui voient en lui un espion de la C.I.A. Enchaîné il passe trois mois dans un camp de prisonniers dans la touffeur éprouvante de la jungle. Peur, solitude, faim. Le chef de ce camp, Douch, un jeune khmer fanatisé de moins de trente ans, chaque jour l’interroge. Et ces interrogatoires, parfois, deviendront de véritables conversations, comme celle étonnante de cette nuit de Noël où Douch exprime ses convictions de jeune révolutionnaire épris de justice. Peu à peu convaincu que Bizot n’est pas un suppôt des valets de l’impérialisme - les américains - Douch va, à son tour tenter de persuader ses chefs de l’innocence de Bizot. Or, ce même Douch, celui qui a libéré Bizot, deviendra quelques années plus tard le chef du tristement célèbre camp de Tuol Sleng où furent exécutés des dizaines de milliers de personnes ; il est aujourd’hui rangé parmi les grands bourreaux du vingtième siècle et jugé pour crimes contre l’humanité. En 1975, François Bizot désigné par les khmers rouges comme l’interprète entre eux et les autorités françaises assistera en première ligne à la chute de Phnom Penh. Et les dernières pages du livre raconteront l’exode vers la frontière thaïlandaise et la détresse des cambodgiens que les khmers rouges empêchent de fuir. Bouleversant.
Au-delà du témoignage passionnant de sa détention, de la tragédie vécue par ce petit pays, le Cambodge qui n’aspirait qu’à vivre en paix dans la tranquillité, la monotonie des jours se répétant depuis des siècles sur l’émaillage cloisonné des champs- tragédie qui s’est déroulée dans l’indifférence générale ou pire encore avec la complicité de certains intellectuels qui ne voulaient pas voir les exactions sanguinaires commises par les khmers rouges – ce qui fait toute la richesse du livre de François Bizot c’est sa réflexion profonde et sombre sur la nature humaine : comment, pourquoi devient-on bourreau, de quoi est fait un bourreau. Si j’ajoute que c’est fort bien écrit vous n’aurez pas de peine à croire qu’une fois commencé je n’ai plus lâché ce livre, que j’en relis souvent des passages et que je n’ai eu de cesse d’inviter l’auteur au Scribe…

Si vous ne lisez qu’un seul livre cette fin d’année que ce soit Le Portail de François Bizot et si vous hésitez encore sachez que si la lecture de ce livre vous laisse indifférent(e) je n’hésiterais pas à vous le rembourser, pour autant que vous l’ayez acheté au Scribe, évidemment…