Dans ce Londres de 1901 alors que la reine Victoria vient de s'éteindre Kitty Coleman, jeune femme belle et impulsive, étouffe un peu dans un univers confiné entre son mari Richard et sa fille Maude. C'est au cimetière, où les tombes de leurs familles sont voisines, que Maude va rencontrer Lavinia, âgée comme elle de six ans, fille de Gertrude et Albert Waterhouse qui très traditionalistes vouent un culte à la reine défunte.
Maude et Lavinia se promettent une amitié éternelle. Nous les suivrons pendant dix ans alors qu'elles s'éveillent à l'adolescence et que leurs parents se débattent dans des passions contraires. Si Gertrude Waterhouse se satisfait de son confort domestique, Kitty Coleman, elle, aspire à une grande cause. Elle croisera le chemin des suffragettes londoniennes. La vie de tous en sera profondément déréglée.
Ce qui fait tout le charme de ce livre, outre la peinture minutieuse du Londres du début du siècle c'est que l'histoire de ces deux familles, où l'imaginaire côtoie l'authenticité, nous est racontée par ses protagonistes qui interviennent à tour de rôle. Cette polyphonie enrichit le récit, permet d'approfondir les caractères de chacun et donne au roman un côté mystérieux et étrange tout à fait réussi.
Oui il s'agit bien du second livre traduit en français de l'auteur de La jeune fille à la perle, Prix des Amis du Scribe 2001, mais aussi Prix du lycée Michelet (de Montauban) désormais disponible en poche qui nous propose ici un livre volontairement très différent, encore que la peinture de la toile de fond (ici Londres, là Delft), des moeurs de l'époque et de la psychologie des personnages soit, dans les deux cas, réalisée avec la même patte légère, minutieuse, pénétrante, ardente même.
N.B. Tracy Chevalier prépare un nouveau roman inspiré des tapisseries de la Dame à la licorne du Musée de Cluny. Elle va donc être plus fréquemment en France et nous a promis de venir à la rencontre de ses lecteurs à Montauban dans un avenir proche.
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