Paris, les années 30. C’est le temps des guinguettes, ces guinguettes dont raffole Agathe, ces guinguettes où elle va danser jusqu’au bout de ses pieds avec sa copine Eugénie, malgré le danger qui rôde. Ce soir-là, en rentrant sur Paris, les deux jeunes femmes sont suivies… L’angoisse ! Et si c’était ce criminel qui s’en prend aux jeunes filles, ce désosseur, ce “boucher des guinguettes” dont parlent tant les journaux… Pour cette fois, elles ont eu de la chance, si on peut dire : Eugénie s’est seulement faite agresser par un salaud qui n’en voulait qu’à son sac.
Agathe est employée chez “Madame”, où elle est bonne avec sa sœur, Blanche. Blanche, elle, n’est pas une fille à guinguettes. Ses soirées de libre, elle les passe dans leur chambre de bonne, à se ronger les sangs pour Agathe qui, malgré sa mésaventure, n’a pas renoncé à chercher son prince charmant des bords de Marne, où sont pourtant plus fréquents les crapauds.
C’est au cours de l’une de ces soirées qu’elle sera témoin d’un crime odieux, perpétré dans la chambre contiguë. Elle est paniquée… et sa sœur qui n’en croit pas un mot. Mais, en allant se rendre compte par elle-même, à travers le trou pratiqué dans le mur, Agathe est assassinée, sous les yeux de Blanche. Personne ne veut la croire ; la police, qui a retrouvé l’arme du crime dans la main de la malheureuse, conclut au suicide. Alors, Blanche va tout faire pour venger sa sœur du “boucher des guinguettes”, car c’est lui, elle en est sûre, qui a assassiné sa sœur.
Malgré la noirceur du résumé ci-dessus, n’allez pas croire qu’il s’agisse d’une histoire sordide. Certes, la trame est dramatique, mais la grande réussite de ces deux albums (l’histoire est racontée en deux tomes), c’est de nous plonger dans un polar passionnant, où l’humour le dispute au suspens, dans l’univers des bordels parisiens, sans jamais sombrer dans le scabreux.
Blanche est une fille prude, sage mais déterminée, qui va devoir surmonter ses démons pour tenter de résoudre l’énigme du meurtre de sa sœur. Meurtre, luxure, gangsters et politiciens se mêlent dans un récit à suspens maîtrisé de bout en bout. Une lecture qui vous tient de la première à la dernière planche, servi par un duo de dessinateurs talentueux (Kerascoët est le pseudonyme de Marie Pommepuy et Sébastien Cosset – j’ai acheté le premier album sur la foi de la couverture qui a tenu toutes ses promesses). Ma meilleure lecture de ce début d’année 2007. Décidément, cette collection Poisson Pilote recèle de petits bijoux (cf. Le Retour à la terre et Le Chat du rabbin, deux séries chroniquées ici).
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