Le manga, malgré la croyance populaire, n’est pas que violence et personnages aux yeux qui vous mangent la moitié d’un visage. Voici un manga dans la veine réaliste.
“Pour finir, je suis devenu marchand de pierres, je n’ai rien trouvé de mieux.” Ainsi commence L’Homme sans talent, superbe manga qui raconte un bout de vie de Sukezô Sukegawa. L’homme sans talent, c’est lui, qui tour à tour s’est essayé aux métiers les plus divers, ceux “de la bande dessinée, des appareils photo d’occasion, de la brocante… Mais rien n’a marché.” Alors il subi les récriminations de sa femme qui, pour nourrir son petit garçon, est obligée de distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres. Pourtant, Sukezô se creuse les méninges pour trouver l’idée qui les sortira de la misère, mais ses idées sont toutes plus fumeuses les unes que les autres. D’ailleurs, le ton est donné d’entrée : “Pour finir, je suis devenu marchand de pierres.” Des pierres qu’il ramasse dans la rivière, à deux pas de son étal de fortune (si l’on peut dire).
Pourquoi les gens achèteraient-ils des pierres qu’ils peuvent ramasser eux-mêmes ? Parce que les pierres de Sukezô ne sont pas n’importe quelles pierres, ce sont des pierres-paysages (les suiseki), très prisées des collectionneurs (il y a de ça quelques années). Et quand je dis les gens, je parle des rares gens qui passent par ce coin perdu de la ville. Parce que Sukezô n’a pas les moyens d’avoir une boutique en ville il s’est installé là où il a pu. “Pour finir, je suis devenu marchand de pierres.”
L’auteur nous raconte l’histoire d’un homme à la marge, un homme qui vit et se nourrit de rêves, mais ne veut pas réellement les atteindre. Les rêver lui suffit, semble-t-il. Il nous raconte la vie d’un homme qui regarde la vie passer, sans la prendre par les cornes, à cent lieues du Japon ivre de travail dont on a l’habitude d’entendre parler.
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